SENS MATÉRIELS DE RES ET LEURS CORRESPONDANTS EN LATIN MÉDIÉVAL
Anne-Marie Bautier
SENS MATÉRIELS DE RES ET LEURS CORRESPONDANTS EN LATIN MÉDIÉVAL
67

Laissant de côté les ramifications subtiles des sens de res

au service de la pensée philosophique, je me bornerai à consi-

dérer ici les aspects les plus matériels que ce mot a également

revêtus et à analyser les nuances de signification qui en déri-

vent. J’étudierai à ce propos le champ lexicologique qu’embrasse

chacune de ses acceptions dans le latin du Moyen Age, en me

restreignant à la période comprise entre la Renaissance carolin-

gienne et l’essor des langues vulgaires, c’est-à-dire le début du

XIII e siècle.

Res se traduit communément en français par ‘chose’, qui

revêt une valeur tout-à-fait ambiguë, puisqu’il s’applique à la

désignation indéterminée de tout ce qui est inanimé (cf. Littré),

aussi bien qu’à un objet matériel ou à une notion abstraite.

Nous savons que les choses de la nature, les éléments de

la création, sont rendus dès l’Antiquité classique, à la suite de

Lucrèce, par l’expression natura rerum , qui n’est pas dépourvue

d’une certaine solennité cosmique et que le livre de Bède a trans-

mise aux hommes du Moyen Age. Nous la retrouvons par la

suite jusque sous la plume d’Alexandre Neckham à l’aube du

XIII e siècle comme titre de son traité cosmologique. Barthé-

lémy l’Anglais intitulera, de même, son encyclopédie De proprie-

tatibus rerum
. C’est ainsi que de toutes les ‘choses’ Dieu est

68

tenu pour l’origine, summa et principalis omnium rerum causa 1 .

Si res ne semble plus s’utiliser au Moyen Age pour parler

des créatures humaines, il continue à s’appliquer, comme dans

l’Antiquité, à des animaux: on précise parfois res quadrupecla 2 .

Le mot désigne des têtes de bétail, voire des troupeaux, plus

spécialement sans doute des ovins que l’on peut trouver quali-

fiés de res muta 3 . L’expression très particulière de res promiscua 4

est un régionalisme qu’on repère dans quelques chartes asturien-

nes du XI e siècle; elle y figure dans des énumérations de bétail,

après les boeufs et les vaches et avant les porcs, et semble avoir

été glosée par oves et kapras; une analyse du vocabulaire de

cette province nous a permis de constater que res promiscua

a exactement pris la place de ce qui était appelé depuis le

IX e siècle promiscua pecora 5 ou, dans le Portugal voisin, gana-

tum promiscuum
6. Ainsi dans la péninsule ibérique res peut

69

prendre le sens de bétail, signification qu’a gardée le mot es-

pagnol res (pl. reses). Ce même sens peut, semble-t-il, être déjà

proposé dans des actes d’Oviedo du X e siècle où le mot res,

pris absolument, prend place dans des énumérations de biens

divers (vignes, vergers, maisons, vêtements etc.) 7 .

Ouvrons ici une parenthèse pour signaler une formation

refaite sur res, très courante dans les chartes du Portugal et

du nord-ouest de l’Espagne, le mot recellus 8 ( recelus 9 , reicelus 10,

reixellus 11 , rexelus 12, rezellus 13) que Corominas traduit par

‘veau’, car il est souvent en corrélation avec des boeufs et des

vaches. Mais un texte de Braga dément cette interprétation, car

il porte III rexelos cum filios 14 : comme on ne peut supposer

des veaux pourvus de petits, il s’agit, là encore, semble-t-il de

menu bétail.

* * *

Dans l’écrasante majorité des cas, res s’applique à des objets

inanimés plutôt qu’à des créatures vivantes. Ces choses peuvent

70

être directement liées à la nature ou bien façonnées par la main

de l’homme.

C’est bien à la conception de chose naturelle issue de la

matière primordiale que se réfère Bernard d’Utrecht lorsque,

dans son introduction au Theodolus, il écrit que la matière est

ce qui constitue toute ‘chose’, si bien que, par un vrai jeu de

mot pseudo-étymologique, il qualifie la materia de rei mater 15 .

Yves de Chartres pense encore à la matière dont la res est cons-

tituée lorsqu’il expose que cette res, en se liquéfiant, mollit, se

dilate et se purifie 16.

Res est encore liée à la nature lorsque, pour décrire la ri-

chesse d’une terre, on la dit pleine d’une grande abondance de

produits: rerum copia 17, et c’est toujours par res qu’on désigne

les produits naturels nécessaires à la vie humaine, le pain, le

vin, les légumes, le bois de chauffage etc. 18.

Mais res est aussi un produit de l’industrie humaine. Ainsi

lorsqu’il veut donner un exemple de chose réelle, Bernard

d’Utrecht cite la maison, dont la ‘matière’ est faite de bois ou

de pierre 19 . Pour un objet fabriqué de la main de l’homme, on

peut préciser opificalis res 20 .

Employées au pluriel, certaines expressions correspondent

71

à un ensemble matériel complexe: le ‘mobilier’ se traduit par

res mobiles ou plus précisément, en Italie, par res massariciae 21,

les meubles qui se trouvent dans la maison. De même, dans un

passage des Miracles de Rocamadour qui décrit une tempête à

laquelle a échappé un navire, on lit: «sine dampno rerum na-

valium
», et res navales désigne ici le navire avec tout son ap-

pareil 22.

L’expression classique res venales est l’exact équivalent de

merces pour qualifier les marchandises qui circulent sur les voies

du commerce, figurent sur les marchés et acquittent des taxes

de tonlieu. Produits manufacturés ou non, ils appartiennent aux

marchands qui les négocient, et il est souvent délicat de dépar-

tager les sens de res eorum entre ‘marchandises à vendre’ et ‘biens

personnels du marchand’, qui est un des sens principaux que

nous aurons à examiner 23 . Notons cependant qu’au cours du

XIII e siècle merces diverge progressivement et va s’appliquer aux

seuls objets de ‘mercerie’ alors que res conserve le sens général.

C’est à cette même valeur que se rattache l’expression pre-

cio in rem valente
24 qui, dans bien des actes diplomatiques, indi-

72

que que la contre-valeur d’une chose sera payée ‘en nature’ et

non en espèces.

Calqué sur le sens du mot res que nous venons d’examiner,

et refait sur l’accus. rem, le mot d’ancien français ren, rien, riens,

désignait dans la littérature médiévale une personne ou une chose,

mais s’appliquait souvent à quelque chose de valeur médiocre,

au pluriel à des bagatelles. Fait caractéristique, il figure très sou-

vent dans des expressions de valeur négative: ren... non, ou ne

ren, n’en est riens
qui ont concouru à le vider progressivement

de sa valeur positive. Si bien qu’en français contemporain, ‘rien’,

‘un rien’, considéré comme une chose négligeable, subsiste rare-

ment dans des phrases positives alors qu’il abonde dans des

formules négatives qui amènent tout naturellement à lier le mot

à l’idée de négation absolue, de ‘néant’. La chose matérielle est

ainsi, au terme d’une longue évolution, absorbée dans la nullité.

Le mot res, avec tout son environnement sémantique si riche que

nous étudions aujourd’hui, sombre dans des emplois restrictifs

et déviés.

Pour rendre l’idée d’objet matériel, le latin médiéval use

encore d’autres mots; deux d’entre eux nous retiendront briève-

ment: utensile et instrumentum.

Dans l’introduction du De utensilibus, qui est un manuel

du vocabulaire de la maison, Adam du Petit-Pont écrit qu’il va

traiter du nom des choses (nomina utensilium) et qu’il a réuni

des noms d’objets usuels (nomina utensilium et rerum usitatissi-

marum
25) lesquels étaient ignorés de bien des gens incultes. Ainsi

utensile (ou, le plus souvent, le plur. utensilia) double l’accep-

73

tion de res comme objet matériel: par ce mot, en effet, on entend

les choses de première nécessité, aussi bien ce qui sert à vivre

— comme le glose l’auteur de la Navigatio sancti Brendani: uten-

silia que ad usum vite humane pertinent
26 — que ce qu’on emporte

avec soi lorsqu’on s’expatrie. Ce sont aussi les meubles et usten-

siles de la maison (utensilia domus), qui ont pour correspondant

le collectif suppellex 27 , mais aussi les dépouilles des vaincus qui

servent de butin de guerre (utensilia diversi generis diripuerunt 28).

Loin de se limiter au sens général d’objet matériel, le mot utensile

fut surtout utilisé au sens plus restreint d’‘outil, ustensile’ destiné

à un usage déterminé, artisanal ou agricole, ou propre au service

du culte ( utensilia sacra: ‘objets du culte’ 29 ). Ainsi, comme son

étymologie le proclame, l’utensile est ce dont on se sert.

Un schéma sémantique parallèle s’observe dans l’analyse du

vocable instrumentum. Si le sens général d’‘objet’ est peu attesté,

nous le trouvons à la fin du VIII e siècle sous la plume d’Angilbert

quand il décrit le trésor de l’abbaye de Saint-Riquier: après avoir

longuement parlé des reliques et des livres, il abrège la fin de

son exposé en ajoutant qu’il serait trop long de décrire les autres

objets, cetera instrumenta 30 . Mais, sans contredit, le sens le plus

74

habituel du mot est celui d’‘outil, instrument’. Il sert notamment

pour la cuisine ((strumenta culinarum) 31 ou pour puiser de l’eau

(strumentum aque trahende) 32 , pour la toilette (un peigne) 33

comme pour les travaux des champs (un van) 34 , et il s’emploie

aussi pour désigner un instrument scientifique, un instrument de

musique, une machine de guerre, un instrument de supplice ou

des objets du culte.

Le rapprochement entre instrumentum et utensile est frap-

pant: les deux vocables sont pratiquement interchangeables. Ainsi

si l’on compare deux textes normatifs contemporains, la Concordia

regularum
de saint Benoit d’Aniane et les statuts d’Adalhard de

Corbie, on constate que le premier, à propos de la garde des

outils du monastère, utilise l’expression strumentorum custodia

ferramentorum
35 alors que le second spécifie que les utensilia

ferrea seront
remis par le chambrier aux forgerons 36 .

Notons encore que, glissant au-delà de l’idée de simple objet

matériel, instrumentum est également appliqué à des structures

plus complexes: ainsi la charpente d’un pont est qualifié de instru-

mentum lignorum
37 , tout comme res pouvait représenter une mai-

75

son; nous retrouverons plus loin un emploi analogue du mot

causa.

Res a un autre sens, également concret, largement attesté

dès l’Antiquité, celui de ‘bien, fortune, richesses’. C’est éthymo-

logiquement le sens premier puisque, refait sur l’accus. rem, il se

rattache à la racine rām et à un mot indo-iranien signifiant ‘ri-

chesse’ 38.

Au singulier, il est très souvent utilisé dans les textes litté-

raires pour exprimer sous une forme brève, commode à versifier,

les mirages de l’argent. Ainsi Vital de Blois écrit dans le Geta:

Multa licet sapias, re sine nullus eris
(«même si tu es plein

de savoir, tu ne seras rien sans argent») 39 . Est natu tenuis et

re
(«il est de naissance et de fortune modeste»), lit-on dans

le Milo de Mathieu de Vendôme 40 , et l’on trouve dans le Miles

gloriosus: re dominante reus
, «coupable d’esprit de lucre» 41.

Dans les textes narratifs, l’emploi du mot est constant. Dans les

actes juridiques, res représente la fortune que l’on gère ou que

l’on lègue, et res familiaris garde la valeur antique de patrimoine,

comme res dotalis celle de bien dotal.

Au pluriel, le terme s’emploie, plus fréquemment, avec le

sens d’ensemble des biens d’une personne physique ou morale,

l’adjectif temporales ou terrenae introduisant une coloration reli-

gieuse d’opposition aux vrais biens qui sont célestes. Dans les

textes de caractère juridique, on spécifie souvent que les biens

sont meubles ou immeubles, res mobiles immobilesque (le sin-

76

gulier, en ce cas, est tout-à-fait exceptionnel). Au mot res est

souvent coordonné celui de possessiones, comme si au bien en

soi s’ajoute le droit que l’on exerce sur lui ou la jouissance que

l’on en a. Jumelé à substantiae dans l’expression omnes res et

substantiae, res
pourrait désigner le patrimoine foncier et substan-

tiae
la fortune, mais l’alliance de ces deux termes, par ailleurs

si complexes et si abstraits, laisse planer un doute sur leur valeur

respective 42 .

Il est, en tout cas, hors de doute que dans un très grand

nombre de citations, res s’applique à des biens immobiliers, pièces

de terre isolées aussi bien que domaine plus ou moins important.

Ce sont notamment les biens des églises (res ecclesiarum), expres-

sion qui revient constamment dans tous les textes médiévaux.

Les grands ordres militaires, Temple et Hôpital, désignèrent au

XII e siècle, pour gérer leurs domaines en France, des admini-

strateurs appelés procuratores 43 ou provisores rerum 44 . Du reste,

Remi d’Auxerre, glosant le vocable fundus, énonce une définition

(latifundia res dicitur lata possessio) qui fait de res l’équivalent

de possessio 45 . Dans de nombreux textes d’origine française, et

parfois aussi italienne, remontant à l’époque carolingienne, on

désigne par res un domaine foncier qui peut se composer d’un

77

certain nombre de pièces de terre et qui constitue une unité

d’exploitation pourvue d’un toponyme propre 46 .

Le premier correspondant latin apte à rendre l’idée de ‘bien,

richesse’ est, évidemment, le neutre plur. de l’adjectif bonus em-

ployé substantivement. Il s’applique indistinctement à toutes les

richesses matérielles ou spirituelles, que ce soient des biens meu-

bles, un patrimoine foncier ou encore des bienfaits d’ordre reli-

gieux; dans la première acception, on peut trouver la précision

bona temporalia. Les grands établissements ecclésiastiques sont

largement dotés de biens énoncés sous l’appellation vague de cum

omnibus bonis suis
ou de cum bonis et adjacentiis suis ou encore

cum bonis et possessionibus suis etc. Il arrive aussi que l’on

juxtapose bona et res dans des formules d’apparence redondante:

dono vobis retornum et regressum in omnibus bonis et rebus suis,

les deux mots désignant également des biens fonds 47.

Le sing, bonum — s’il est plutôt utilisé dans le sens moral

de bienfait en général ou de bien (summum Bonum = le souve-

rain Bien = Dieu) — se trouve parfois pris dans les mêmes

acceptions que le plur. pour exprimer l’argent dont on a besoin

pour vivre (bonum temporale) 48 ou la fortune d’une communauté

78

(commune bonum canonicorum) 49 ou encore un domaine, une

terre plus ou moins importante 50 ...

Le mot facultas correspond également au champ sémantique

qui nous retient. Terme le plus souvent abstrait, il dérive de la

notion de possibilité, de ‘moyen de disposer’, vers l’idée de pro-

priété. C’est par facultas ou, plus souvent encore, par le plur.

facultates que s’exprime, dans de nombreux textes de la prati-

que, la fortune d’un particulier, d’une église ou d’un monastère.

L’expression res et facultates 51 n’est pas redondante mais diffé-

rencie la chose en soi et la possibilité d’en jouir. A plus forte

raison dans les donations qui comportent la (ou les) facultas (-tes)

omnium rerum (de omne re)
, 52 le mot facultas signifie la ‘jouis-

sance’ de tous les biens.

De facultas vient le diminutif facultatula, ‘petite fortune’ 53 .

79

Une manière moins courante de rendre en latin médiéval

l’idée de bien, ensemble de choses possédées, se trouve dans un

terme d’origine germanique, rauba, raupa, roba, qui est resté en

italien sous la forme ‘roba’ et a donné en français ‘robe’ et en

espagnol ‘roba’. Déjà dans la Loi salique apparaissait la forme

verbale raubare 54 , rubare, qui signifie ‘dérober’, ‘se livrer à des

rapines’ (cf. all. ‘rauben’), soit l’équivalent du lat. rapere. Le sub-

stantif rauba, raupa, est fréquent dans les recueils de formules

des VII e et VIII e siècles pour signifier un bien meuble dont

on s’empare, l’objet d’une rapine, mais il prend la valeur de ‘toute

chose possédée’ dans une formule comme celle-ci: annonam vel

aliam raupam...furavi
55 . Les textes génois du XII e siècle ren-

ferment encore des exemples de cette rauba dont s’emparent les

corsaires au cours de leurs expéditions 56 et l’ officium raubarie

est chargé des questions liées à la course. Mais dans d’autres

contextes italiens, le mot a pris un sens neutre d’'objet indéter-

miné’, qui rappelle tout-à-fait celui de res, ‘chose’ et aussi ‘mar-

chandise’ 57 .

80

Le terme rauba revient à diverses reprises dans les chartes

languedociennes du XII e siècle. Dans le testament du vicomte de

Carcassonne Roger, cette rauba se compose de draps, manteaux,

literie, tapis, matelas 58 , et c’est sans doute dans le même sens

que l’emploie une charte castillane où dans une énumération de

biens, la raupa s’insère entre le bétail et l’argent 59 . Par ailleurs

la rauba, qui fait partie de la dot 60 , est distinguée du mobilier,

suppellex 61: il s’agit certainement de vêtements ou de tissus, sens

que prendra ‘robe’ en ancien français, puis en français moderne.

Ainsi, selon les régions d’utilisation, rauba signifie ‘butin’,

‘objet mobilier’ ou ‘tissu’.

* * *

A res = ‘biens fonciers’, il faudrait encore comparer les ter-

mes possessio, proprietas, potestas; mais la valeur juridique l’em-

porte là nettement sur l’expression de la chose elle-même, si bien

81

qu’il ne nous a pas semblé nécessaire de poursuivre la comparai-

son. Au contraire, il nous a paru essentiel de mettre res en paral-

lèle avec un terme latin d’une grande richesse sémantique et qui,

lui aussi, se développe en de nombreux sens abstraits: il s’agit de

causa, ce mot qui s’est précisément substitué à res dans le lan-

gage moderne pour exprimer une ‘chose’ inanimée 62 .

Parti de la notion de ‘cause, raison, origine’ et dérivant de

là vers ‘excuse, condition, prétexte, circonstance’, le mot causa

se prête surtout à un grand nombre d’implications juridiques,

dont le français ‘cause’ gardera le contenu. Le sens le plus ha-

bituel est, en effet, ‘litige, procès, cas de droit, affaire judiciaire’,

et on discerne, tout autour, divers sens dérivés: ‘plainte en jus-

tice, sentence, droit de justice, défense’ etc. Mais, cheminant dans

un sens différent, une branche du schéma sémantique a rejoint

les sens matériels de res en partant de la notion de ‘cause, prin-

cipe, élément’, d’où ‘contenu’, ‘objet d’un acte’, ‘choses’ au sens

abstrait et général, mais aussi les ‘choses matérielles’ et enfin

les ‘biens’, les ‘choses possédées’. Ces deux derniers sens, qui vont

nous retenir, recoupent parfaitement ce que nous a livré le mot

res, bien que les occurences en soient beaucoup moins nom-

breuses.

En effet, causa doit se traduire par ‘objet matériel’ lorsqu’un

prêtre du IX e siècle se plaint du vol de vêtements et reliquas

minutas causas
63 ou bien quand on apprend qu’un individu a des

causae dans le cellier d’un autre 64 . Ce sont aussi des objets maté-

82

riels ces causae qui circulent, et sont négociables, identiques à

ces res ou res venales dont il a été question 65. Ce sont enfin des

produits naturels, herbes ou légumes (ortiva causa) 65bis

Dans certaines chartes, causa répond à la valeur évasive ac-

tuelle de ‘chose’: dès 871 une terre est concédée cum censu vel

aliqua causa
66 et en 1081 il y a paiement en argent, en juments

et ‘en toute autre chose à notre convenance’: in argento, in equa

et in alia causa que nobis placabiles fuerunt
67 Des actes royaux

aragonais précisent que personne ne réclamera ‘nulle autre chose’,

‘rien d’autre’: ut nullus...demandet illi aliqua causa; demandet

nulla alia causa usque ad hunc diem
68 . Soulignons que ces derniers

exemples mettent en lumière l’évidente correspondance ‘chose’ =

‘rien’ que nous avons évoquée plus haut, car causa avec la néga-

83

tion nullus équivaut au français ‘rien’ qui garde la primitive va-

leur positive de ‘quelque chose 69 .

La notion de ‘biens’, de ‘patrimoine’ d’une communauté ou

d’un particulier — que le latin médiéval rend par res, bona,

facultates, possessiones,
éventuellement rauba — se retrouve éga-

lement dans causa et son pluriel causae. C’est ainsi que la com-

munis causa canonicorum
est l’équivalent de ‘mense capitulaire’ 70 .

De même, on gère un bien foncier sicut propriam causam 71 . En

fait, causa est très souvent synonyme d’‘héritage’ 72, spécialement

au pluriel, par exemple lorsqu’il est fait allusion à des personnes

qui demeurent in vestris causis vel hereditatibus 73 .

L’assimilation de causa à res est si absolue que nous avons

pu relever le décalque de l’expression res mobiles vel immobiles

dans une charte napolitaine: causa movile vel stabile 74 . En Espa-

84

gne, le domaine royal a pu être qualifié de regalis causa 75 , et dans

un acte du Midi de la France les terres et alleux qui constituent

une réserve seigneuriale sont dits causas dominicas 76. Causa, com-

me res, s’emploie aussi pour désigner une terre déterminée, située

avec précision: aliqua causa que juxta cellula Sancti Salvatoris

in pago Avernis est
77 , ou torrens qui dividit castri et sancti cau-

sam
78 .

Mieux encore, causa peut prendre le sens d’un ‘ensemble

de choses’, d’une ‘entreprise’, d’une ‘exploitation’. Ainsi dans

les coutumes de Corbie, Adalhard précise que les meuniers auront

la causa integra s’ils la pourvoient de six roues et la medietas

de illa causa
et de la terre annexée s’ils n’y font que quatre

roues 79 .

Tous ces emplois sont surtout fréquents, il est vrai, dans

les textes du domaine roman; ils sont toutefois attestés en Ba-

vière et en Rhénanie bien que les territoires germaniques soient,

dans leur ensemble, restés plus scolairement liés à la langue

classique.

85

* * *

Le mot ‘chose’ trouve en français de nombreux emplois fi-

gurés et s’utilise pour exprimer dans le flou et de façon quasi

explétive une foule de notions plus ou moins générales. Il en est

de même de res, qui sert de substitut à des termes tels que

qualitates ou virtutes 80 . Il se combine à des adjectifs de sens

moral (res honestae 81 = la vertu) ou technique (res militaris 82 ou

bellica 83 = science de la guerre; res rustica 84 = agriculture), pour

exprimer une vertu ou une connaissance. Enfin res humanae prend

le sens de ‘vie’ dans des expressions qui signifient ‘vivre’: rebus

humanis interesse
85 , in rebus humanis agere 86 ou plus souvent

86

encore ‘mourir’: excedere rebus humanis 87 , eximi humanis rebus 88 .

On peut trouver quelques exemples de causa dans un sens

similaire. Ainsi Alcuin écrit: mentis secretas pandere causas 89, ‘ré-

pandre les choses de l’esprit’. La valeur de causa finit par être

celle d’un pronom indéterminé (parler ‘de ce qui est nécessaire',

de causis necessariis 90) ou bien le mot devient explétif (avoir ‘l’ex-

périence de tout’, experimentum omnium causarum 91; ‘célébrer des

mariages’, facere causas matrimoniales... et alias honorificiencias 92).

Au sens d’‘acte, action, entreprise’, res est largement attesté

et figure dans des nombreuses tournures, telles que rerum fortuna,

rerum series, rei eventus
etc. Res gestae ne s’applique pas seule-

ment à de hauts faits, à des actions importantes de caractère

militaire ou politique, il devient l’équivalent de ‘récit, historique’.

Magnae res, novae res ont une connotation politique ou militaire

analogue. Enfin l’action militaire, le combat est exprimé par

le tour classique: res agitur,‘le combat s’engage’.

En revanche, les emplois de causa au sens d’ ‘action’, sont

très peu fréquents; mais ils existent chez Frédégaire 93 et dans les

lois de Liutprand 94 . De là on passe à la notion d’‘œuvre’, opera 95 .

87

Res et causa se rejoignent pour exprimer l’‘affaire’ et ils ont

pour synonyme negotium 96 . Une certaine nuance sépare cepen-

dant les deux vocables: res signifie ‘les faits’, tandis que causa

dans la langue classique serait ‘la présentation de ces faits’ (cf.

l’expression causa rei). Mais alors que dans l’Antiquité les deux

mots avaient valeur de ‘cause judiciaire, procès’, au Moyen Age

causa supplante nettement en ce sens son concurrent, res ne signi-

fiant plus que le ‘contenu de la cause’.

Poursuivant encore cette évolution sémantique parallèle, nous

constatons que, si res exprime souvent l’objet ou le sujet d’un

écrit, d’un discours ou d’une pensée, causa désigne le contenu

d’un acte juridique. Toutefois dans la prolifération sémantique

de ces deux vocables si complexes, les frottements de sens et leurs

entrecroisements s’opèrent dans de telles conditions que certains

sens sont devenus interchangeables. C’est ainsi que, de même

que causa a pour sens premier l’ ‘origine’, la ‘cause’, et qu’il prend

valeur de préposition analogue à ob, propter ou gratia, de même

res se trouve dans des expressions absolument similaires: de ea re,

quare, ob eam rem, quamobrem.
Notons encore que l’expression

très classique, encore largement utilisée au Moyen Age, non ab

re esse videtur
, trouve son correspondant dans sine causa, qui équi-

vaut à frustra 97 .

Il ne faudrait pas négliger l’emploi de res comme terme

allusif destiné à éviter l’emploi d’un mot que la pudeur réprouve.

On trouve couramment l’expression verbale rem habere cum ,

88

connaître une femme charnellement’ 98 ou bien rem conjugii ha-

bere
, ‘accomplir l’acte conjugal’ 99 . Le latin a d’ailleurs usé d’autres

substituts pour faire allusion à l’amour physique, à l’acte sexuel,

des mots abstraits tels que commercium, negotium, opus. En ce cas,

le mot res doit être rapproché de la tournure euphémique française

identique: ‘faire la chose’. De son côté, le mot causa a été em-

ployé par pudeur pour désigner les parties intimes de la femme 100 ,

de même qu’en ancien français ‘chose’ a désigné l’organe viril.

Entre les mots res et causa on pourrait noter bien d’autres

similitudes d’emploi, non moins intéressantes. On sait, par exem-

ple, la fortune que connut un des composés de res, res publica ,

appliqué successivement à l’empire romain, byzantin ou germa-

nique aussi bien qu’à l’administration d’une communauté plus

restreinte, ville ou évêché. On aurait pu croire que res aurait

été choisi de préférence pour exprimer les ‘affaires’ intérieures

d’un Etat ou d’un peuple. Or voici qu’à diverses reprises les

annales carolingiennes font état des causas interiores regni 101 ,

causas italicas disponere 102 , Saxonum et Sclavorum causas 103 etc.

Ces confusions continuelles de sens, ce long combat séman-

tique, ont mené, comme nous le savons déjà, le vocable causa

à supplanter peu à peu res dans la langue courante. Seuls les

89

emplois abstraits de res se maintinrent dans des formations nou-

velles de substantifs et d’adjectifs, mais ceux-ci eurent un con-

tenu essentiellement intellectuel. Dans la langue vulgaire, res prit

une signification restreinte dont le sens se simplifia encore au

cours des âges, tandis que causa se ramifiait en un doublet d’une

grande richesse sémantique, du moins en français: ‘cause’ et ‘cho-

se’. C’est cette lente et tâtonnante adaptation du vocabulaire anti-

que aux réalités médiévales que j’ai essayé de mettre en valeur

en insistant sur le rôle joué par les termes abstraits dans la

traduction des choses les plus concrètes.

1.
JEAN SCOT, De divina praedestinatione , I, 1, éd. G. Madec

(«Corpus Christianorum. Continuatio Mediaevalis L»), Turnhout 1978,

p. 515.
2.
Charte de 935 dans Portugaliae monumenta historica. Diplomata

et chartae
, I, Lisboa 1867, 40 p. 25: res quadrupeda, equas et vaccas,

ovelias
.
3.
Theoduli ecloga, 16, éd. R.B.C. Huygens, Bernard d’Utrecht.

Commentum in Theodolum (1076-1099)
(«Centro Italiano di Studi

sull’Alto Medioevo ), Spoleto 1977, p. 9.
4.
S. GARCIA LARRAGUETA, Colección de documentos de la catedral

de Oviedo
, Oviedo 1962, 47 p. 159 (a. 1037); P. FLORIANO LLORENTE,

Colección diplomàtica del monasterio de San Vicente de Oviedo, Ovie-

do 1968, 69 p. 134 (a. 1071) et 125 p. 209 (a. 1103), etc.; cf. aussi

Portugaliae monumenta historica. Diplomata et chartae cit., 99 p. 62

(a. 968).
5.
Colección de documentos de la catedral de Oviedo cit., 13 p. 52

(a. 891) et 41 p. 139 (a. 1012).
6.
Liber fidei sanctae Bracarensis Ecclesiae, 184, éd. A.J. Da Co-

sta, I, Braga 1965, p. 218 (a. 1052).
7.
Colección diplomàtica de San Vicente de Oviedo cit., 3 p. 34

(a. 905); Colección de documentos de la catedral d’Oviedo cit., 25

p. 100 (a. 951).
8.
Colección diplomàtica de San Vicente de Oviedo cit., 19 p. 55

(a. 978), 23 p. 61 (a. 982), 212 p. 336 (a. 1144), etc.
9.
Ibid. 114 p. 192 (a. 1095).
10.
Documentos medievais Portugueses. Documentos particulares,

III: 1101-1115


Lisboa 1940, 373 p. 326 (a. 1111); voir W.D. LANGE,

Philologische Studien zur Latinität Westhispanischer Privaturkunden

des 9.-12. Jahrhunderts
(«Mittellateinische Studien u. Texte, III»),

Leiden u. Köln 1966, pp. 150-151.
11.
I D ., Documentos regios , I, Lisboa 1958, 349 p. 470 (a. 1183).
12.
Liber fidei sanctae Bracarensis Ecclesiae cit., 79 p. 102 (a. 1044).
13.
Colección diplomàtica de San Vicente de Oviedo cit., 45 p. 100.

(a. 1049).
14.
Cf. supra n. 12.
15.
R.B.C. HUYGENS, Accessus ad Auctores, Bernard d’Utrecht,

Conrad d’Hirsau: Dialogus super Auctores
, Leyde 1970, p. 67, 212.
16.
YVES DE CHARTRES, Epistola ad Severinum de caritate, éd.

G. Dumeige («Textes philosophiques du Moyen Age III»), Paris

1955, p. 81, 5.
17.
GURDESTINUS, Vita sancti Winwalaei, « Analecta Bollandiana»,

VII (1888), p. 232.
18.
Vie de Saint Etienne d’Obazine, éd. M. Aubrun («Publications

de l’Institut d’Etudes du Massif Central, fasc. VI »), Clermont-Ferrand

1970, p. 100.
19.
R.B.C. HUYGENS, Accessus ad Auctores, Bernard d’Utrecht cit.,

p. 67, 213
20.
CH.-E. PERRIN , Recherches sur la seigneurie rurale en Lor-

raine d’après les plus anciens censiers (IX-XII s.)
, («Publ. de la Fa-

culté des lettres de Strasbourg, LXXI»), Paris 1935, p. 320.
21.
E. CASANOVA, Il cartulario della Berardenga, I, Siena 1927,

p. 7 (a. 1003).
22.
E. ALBE, Les miracles de Notre-Dame de Rocamadour au XII

siècle,
Paris 1907, p. 232.
23.
C. DESIMONI - L.T. BELGRADO - V. POGGI, Leges Genuenses,

(«Historiae patriae Monumenta XVIII»), Torino 1901, col. 9 (a.

1157): ego me sciente non adducam extraneos mercatores per mare,

neque res eorum que sint contrarie nostris mercibus
.
24.
J. DELAVILLE LE ROULX, Cartulaire général de l’ordre des

hospitaliers de Jérusalem
p. 31 (a. 1113): recipio de vos predo placabile

V solidos grossos in rem valente.
25.
B. HAURÉAU dans «Notices et extraits des manuscrits de la

Bibliothèque nationale et autres bibliothèques », XXXIV, 1891, 1, p. 41:

cf. A. NECKHAM, Summa de nominibus utensilium, éd. Th. Wright,

A volume of vocabularies..., 1857, pp. 96, 119.
26.
Navigatio sancti Brendani abbatis, éd. C. Selmer (« Publications

in Mediaeval studies XVI»), Notre-Dame 1959, p. 11.
27.
Accessus ad Auctores, éd. R.B.C. Huygens, «Latomus», XII,

1953, p. 476: suppellex utensilia domus dicitur.
28.
R.B.C. HUYGENS, Monumenta Vizeliacensia. Textes relatifs à

l’histoire de Vézelay
(«Corpus Christianorum. Continuatio Mediaevalis

XLII »), Turnhout 1976, p. 497.
29.
Cf. Utensilia sacri ministerii, utensilia sacri templi, utensilia

ecclesie.
30.
ANGILBERT DE SAINT-RIQUIER, Libellus de ecclesia Centulensi,

éd. F. Lot, Hariulf, Chronique de l’abbaye de Saint-Riquier, Paris 1894,

p. 69.
31.
PRUDENCE DE TROYES, Epistola ad Hincmarum dans MIGNE,

Patrologia latina, CXV, col. 980.
32.
JEAN SCOT, Commentum in evangelium secundum Johannem IV,,

4, éd. E. Jeauneau («Sources chrétiennes CLXXX») Paris 1972, p. 300.
33.
YVES DE CHARTRES, Epistolae, éd. J. Leclercq («Les classiques

de l’histoire de France au Moyen Age»), Paris 1949, p. 18.
34.
De miraculis sanctae Mariae Laudunensis I, 7 dans MIGNE,

Patrologia latina, CLVI, col. 980 A .
35.
MIGNE, Patrologia latina, CIII, col. 1055 B .
36.
ADALHARD DE CORBIE, Consuetudines Corbeienses IV, 13, éd.

J. Semmler («Corpus consuetudinum monasticarum I»), 1963, p. 381.
37.
ERCONRAD DU MANS, Translatio sancti Liborii, éd. A. Cohausz

(« Archives historiques du Maine XIV »), Le Mans 1967, p. 105: rupto

sub pedibus eorum instrumento, cadentes in profundo fluminis.
38.
Cf. A. ERNOUT- A. MEILLET, Dictionnaire étymologique de la

langue latine
, Paris 1932.
39.
Éd. dans La ‘Comédie’ latine en France au XII e siècle. Textes

publ. sous la direction de G. Cohen, I, Paris 1931, p. 35, v. 16.
40.
Ibid., p. 168, v. 11.
41.
Ibid., p. 196, v. 28.
42.
Codex diplomaticus Langobardiae, 394, éd. G.P. Lambertenghi

(«Historiae patriae Monumenta XIII»), Torino 1873, col. 661 e (a.

901): « quoddam monasterium...cum omnibus rebus, substantiis ac

possessionibus suis », Cartulario della Berardenga cit., 1, p. 4 (a. 1037):

omnes res et substantias... donaverunt, etc.
43.
V. CARRIÈRE, Histoire et cartulaire des templiers de Provins,

Paris 1919, p. 109 (a. 1171): rerum Templi procurator in Gallia.
44.
Cartulaire général de l’ordre des hospitaliers de Jérusalem cit.,

147, ρ. 120 (a. 1143-68): provisor erat in Francia rerum ejusdem

Hospitalis.
45.
Commentum in Martianum Capellam, éd. C.E. Lutz, t. II, Lei-

den 1965, p. 109,15.
46.
Gesta abbatum Vontanellensium, IV, 2, éd. F. Lohier et J. La-

porte, Rouen 1936, p. 41: in territorio Cinomannico rem illam quae

dicitur Vuernigo; Vita s. Hugonis Rotomangensis
, éd. Mabillon, Acta

sanctorum ordinis sancti Benedicti
, III, 1, p. 496: illam rem quae

vocatur Venda in centena Saginse
; ADSO, Miracula s. Waldeberti, éd.

O. Holder-Egger, dans M.G.H., Scriptores XV 2, p. 1175: Molisiacum

in pago Belnensi, res videlicet Luxoviensis aecclesiae.
47.
O. TERRIN, Cartulaire du chapitre d’Agde, Nimes, 1969, p. 381

(a. 1197).
48.
R. MERLET, Cartulaire de Saint-Jean-en-Vallée de Chartres,

Chartres 1906, 3 p. 2 (a. 1099): sine boni temporalis sustentaculo.
49.
CH . LALORE, Cartulaire de Saint-Pierre de Troyes, Paris-Troyes

1880, 3 p. 5 (a. 1104): tres servientes qui custodiunt commune bonum

canonicorum
.
50.
H. MEINERT , Papsturkunden in Frankreich. Neue Folge I:

Champagne und Lothringen
, Abhandl. d. Gesellsch. d. Wissensch. in

Göttingen. Dritte Folge III, p. 176 (a. 981): bonum illud...tradidistis;

PERRIN, Recherches sur la seigneurie rurale en Lorraine cit., p. 295,

n. 3: de hono Wimanni.
51.
Diplôme de Charlemagne n° 141 (a. 782), éd. E. Mühlbacker

dans M.G.H., Dipl. Karolinorum I, Hannover 1906; Diplôme de Char-

les le Chauve
n° 349 (a. 871), éd. G. Tessier, t. II, Paris 1952, p.

278; Diplôme d’Etudes, roi de France n° 24 (a. 890), éd. R.-H. Bautier,

Paris 1967, p. 111; etc.
52.
Diplôme de Louis II le Bègue n° 15 (a. 878), éd. G. Tessier et

R.-H. Bautier, Paris 1978, p. 45; A. BERNARD et A. BRUEL, Recueil

des chartes de l’abbaye de Cluny
, t. I, Paris 1876, p. 335 (X e s.).
53.
R. GLABER, Historiarum sui temporis libri quinque, III, VI 22,

éd. M. Prou («Collection de textes pour servir à l’étude et à l’ensei-

gnement de l’histoire»), Paris 1886, p. 70; PIERRE DAMIEN, Sermones

dans MIGNEPatrologia latina, CXLIV, col. 687 B .
54.
Lex Salica 17, 12, éd. K.A. Eckhardt, Pactus legis Salicae,

M.G.H., Leges I, IV, Hannover 1962, p. 80.
55.
Formulae Salicae Bignonianae, éd. K. Zeumer, Formulae Me-

rovingici et Karolini aevi
, M.G.H., Leges V, Hannover 1886, p. 237, 26

(cf. ibid., p. 598,8).
56.
CAFFARO dans L.T. BELGRANO , Annali Genovesi di Caffaro e

dei suoi continuatori
(«Fonti per la storia d’Italia 11»), Genova 1890,

p. 34, O BERTO , ibid., p. 178.
57.
Chronique de Fossanova a. 1186 d’après Du Cange: abstulit

omnem robbam et animalia omnia quae in Babuco...invenit;
Bonvil-

lano (a. 1198), éd. J.E. Eierman, H.G. Krueger et R.L. Reynolds dans

Notai liguri del sec. XII, t. III, Genova 1939, p. 82 (a. 1198): preter

lib. decem in rauba et in masariciis.
L’exemple proposé par Niermeyer

s. v. rauba avec le sens d’«objets de valeur, effets mobiliers» et par

Arnaldi dans son Lexicon imperfectum avec le sens de «mesure pour

les céréales» doit être interprété différemment: dans le Codex diplo-

maticus Langobardiae
(op. cit.) 188 col. 3l6 d (a. 855) on lit: ante-

posita roba, modia, fasioli et ortiva causa
; ibid. 302 col. 513 d (a. 881):

anteposto rabaa et ortiba causa (cf. ib. 303 col. 515 a [a. 881]). Roba

ne serait qu’une forme de rabaa, graphie de rapa: la rave.
58.
M. MAHU, Cartulaire et archives des communes de l’ancien

diocèse de Carcassonne
, t. V, Paris 1867, p. 267 col. 1 (a. 1150): me-

dietatem meae raubae...videlicet pannorum, mantellorum, lectorum,

tapetiorum, filtrorum et omnium horurn similium.
59.
L. SERRANO, Cartulario de San Pedro de Arlanza antiguo mo-

nasterio benedictino
, Madrid 1925, 19 p. 50 (a. 967): nostra causa que

nobis Deus dederit in terris..., casas, oves et boves, raupa, argentum
;

ce mot est souvent remplacé dans les chartes par vestitum.
60.
MAHUL, Cartulaire de Carcassonne, cit., V, p. 271 col. 1 (a.

1154).
61.
C. DOUAIS, Cartulaire de l’abbaye de Saint-Sernin de Toulouse

(844-1200)
, Paris-Toulouse 1887, p. 350 (a. 1125): quam raubam et

suppelectilem commendavi
.
62.
P.J. MINICONI, Causa et ses dérivés. Contribution à l’étude

historique du vocabulaire latin
, Paris 1951.
63.
Epistola Electi presbyteri scottici, éd. E. Dümmler, M.G.H.,

Epistolae Merowingici et Karolini aevi VI (1925), p. 196,32 (IX e s.):

unam pelliciam et reliquas minutas causas, sed mihi necessarias.
64.
Vita S. Maximini abbatis Miciacensis, éd. Mabillon, Acta sancto-

rum ordinis sancti Benedicti
, I, Paris 1668, p. 587: exploraturus qua-

liter se haberent causae in cellario repositae.
65.
A. HILGARD, Urkunden zur Geschichte der Stadt Speyer, Strass-

burg, 1885, p. 4,22 (a. 946): naves cum vinifero pondere vel aliqua

causa onerare
; L. VAZQUEZ DE PARGA, El fuero de Leon, Madrid 1944,

p. 34,39: non dent portaticum de omnibus causis quas ibi vendiderint;

LAMBERT D‘ARDRES, Historia comitum Ghisnensium 81, éd. J. Heller,

M.G.H., Scriptores XXIV, 1879, p. 598,47: dum...in Ardea forum

causarum et mercatorum ghilleolam nuper edificasset.
etc
65bis.
S. BONIFACE, Paenitentiale, éd. A.J. Binterim, Die vorzüglich-

sten Denkwürdigkeiten der christ-katholischen Kirche
, V 3, 1829,

p. 433,4: bibisti...herbas vel alia causa ut non potuisses infantes ha-

bere. Codex diplomaticus Langobardiae
cit., 188 col. 316 d (a. 855):

fasioli et ortiva causa.
66.
H. WARTMANN, Urkundenbuch der Abtei Sanct Gallen, I, Zü-

rich 1863, p. 555.
67.
Liber fidei Bracarensis Ecclesiae cit., I 108, p. 128 (a. 1081).
68.
E. IBARRA Y RODRIGUEZ, Documentos correspondientes al rei-

nado de Sancio Ramirez,
II, 23 dans « Colección de documentos para

el estudio de la historia de Aragón IX», Zaragoza 1913, p. 73 (a. 1084);

A UBIETO ARTETA, Colección diplomàtica de Pedro I de Aragon y

Navarra
, Zaragoza 1951, p. 309 (a. 1099).
69.
Documentos medievais Portugueses. Documentos regios I cit.,

152 p. 176 (a. 1136): de mauro qui exierit de cativo non det nullam

causam
.
70.
MAHUL , Cartulaire de Carcassonne cit., V, p. 544, col. 1 (a.

1156): illa die procurentur tredecim pauperes de communi causa cano-

nicorum ipsius ecclesie
.
71.
E. TODA -J. PONS I MARQUES , Cartulari de Poblet, Barcelona

1938, p. 13,31 (a. 1160): recipio vos et domos vestras et ganatum

vestrum et omnem rem vestram in mea amparanza et in meo guido-

natico et in mea defensione, sicut meam propriam causam
; cf. P. GÉ-

RARD - E. MAGNOU, Cartulaire des templiers de Douzens, Paris 1965,

p. 150,168 (a. 1180): cognosco me et infantes meos et omnes res

nostras per propriam causam prefate militie.
72.
Constant depuis le VIII e s.; ainsi: Actus pontificum Ceno-

mannis in urbe degentium
, éd. G. Busson et A. Ledru («Archives

historiques du Maine II»), Le Mans 1901, p. 240 etc.
73.
Cartulaire général de l’ordre des hospitaliers de Jérusalem cit.,

134, p. 110 (a. 1140): de quibuscumque personis...in vestris causis

vel hereditatibus vel ecclesiis morantibus.
74.
Regii Neapolitani Archivi Monumenta, V, Napoli 1857, 396

, p. 10 (a. 1054): ad sancto altario offero meo et omnia causa mea movile

et stavile.
75.
UBIETO ARTETA, Colección diplomàtica de Pedro I de Aragón

cit., 41 p. 268 (a. 1097).
76.
L. CASSAN -E. MEYNIAL, Cartulaires des abbayes d’Aniane et

de Gellone. Cartulaire d’Aniane
, Montpellier 1900, p. 402 (XI e s.).
77.
G. DESJARDINS, Cartulaire de l’abbaye de Conques en Rouergue,

Paris 1879, p. 332 (a. 823).
78.
M. CHAUME - G. CHEVRIER, Chartes et documents de Saint-

Bénigne de Dijon. Prieurés et dépendances des origines à 1300. II:

(990-1124)
, Dijon 1943, p. 52, 260 (a. 1016).
79.
ADALHARD DE CORBIE , Consuetudines Corbeienses cit., 12 p.

379,24. Un acte bavarois du IX e s. qualifie également de causa

ecclesiastica
une «construction» indéterminée (cf. T. BITTERAUF , Die

Traditionen des Hochstifts Freising
, I, München 1905, p. 376,13 (a.

820): in ecclesiastica causa que est constructa in loco.
80.
Physiologus latinus, éd. J. Carmody, Paris 1939, I, p. 11:

Physiologus dicit tres res naturales habere leonem: prima: ambulat in

montibus... LOUP DE FERRIÈRES, Epistolae, I, 4, éd. L. Levillain («Les

classiques de l’histoire de France au Moyen Age»), Paris 1927, p. 24:

turbam virorum sua insigni prudentia, gravitate atque honestate, quae

res magnam vitae humanae tribuunt dignitatem, longe superaret
81.
GUILLAUME DE POITIERS, Gesta Guillelmi ducis Normannorum

et regis Anglorum
, éd. R. Foreville, Paris 1952, p. 12: intelligentia

rerum honestarum
.
82.
GUILLAUME DE POITIERS, Gesta Dei per Francos, I, 5, éd. Migne,

P.L. CLVI col. 693 et passim.
83.
GUILLAUME DE POITIERS, Gesta Guillelmi ducis cit., p. 82,34:

nominatus in rebus bellicis.
84.
Gesta abbatum italic">Fontanellensium cit., XIII, 1, p. 93: in prae-

ceptis rei rusticae sagacissimus
.
85.
ANDRÉ DE FLEURY, Vita Gauzlini abbatis Floriacensis, éd.

R.-H. Bautier - G. Labory, Paris 1969, p. 118: quandiu ipse rebus

humanis interesset.
86.
GUILLAUME DE TYR, Historia rerum in partibus transmarinis

gestarum,
IX, 21, éd. Recueil des Hist. des Croisades. Hist. occidentaux,

(1884), p. 489.
87.
Gesta abbatum Fontanellensium cit., III 3, p. 28 et passim.
88.
Ibid., XII 1 p. 84 et passim.
89.
ALCUIN, Carmina, I, 1114, éd. E. Dümmler, M.G.H., Poet. lat.

aevi Carolini
, I, p. 194.
90.
Chronicon Moissiacense a. 814, éd. G.H. Pertz, M.G.H., Scripto-

res
I (1826), p. 311,19.
91.
Actus pontificum Cenomannis in urbe degentium cit., p. 51

(IX e s.).
92.
S. GADDONI - G. ZACCHERINI, Chartulanm Imolense. I: Archi-

vum S. Cassiani (964-1200),
Imola 1912, p. 574 (a. 1197).
93.
Chronicae quae dicuntur Fredegarii, 2,62, éd. B. Krusch, M.G.H.,

Script. rer. Merow., II, p. 86,13: indica mihi hujus causae eventum.
94.
Leges Liutprandi regis Langobardorum, 107, éd. L. Bluhme,

M.G.H., Leges IV (1868), p. 151,13: nullus eos imperavit talis causam

facere.
95.
ETIENNE DE TOURNAI, Epistolae, 98, éd. J. Desilve, dans Let-

très d’Etienne de Tournai,
Paris 1893, p. 115: in causas pias distribuit

et legavit.
96.
AELFRIC, Vocabularium anglo-saxonicum, éd. Th. Wright, A

volume of vocabularies...,
1857, p. 51: causa, vel negotium, intinga.
97.
STEPHANUS, Vita Wilfridi Eboracensis, éd. B. Krusch, M.G.H.,

Cript. rer. Merow., VI (1913), p. 231,19.
98.
Traditiones Tegernseenses, 118, éd. P. Acht, Die Traditionen

des Klosters Tegernsee,
München, 1952, p. 117 (a. 1098); LAMBERT

D'ARDRES, Historia comitum Ghisnensium cit., 34 p. 579,11.
99.
PIERRE LE VÉNÉRABLE, Epistolae, éd. Migne, P.L. CLXXXIX,

col. 461 A.
100.
P.J. MINICONI, Causa et ses dérivés cit., p. 163.
101.
Chronicon Vedastinum, a. 759, éd. Holder-Egger, M.G.H.,

Scriptores, XIII (1881), p. 703,15.
102.
Annales Tiliani, a. 786, éd. G.H. Pertz, M.G.H., Scriptores, I

(1826), p. 221, 22; ibid. p. 223: dispositis Pannoniarum causis.
103.
Annales Mettenses priores, éd. B. de Simson dans M.G.H.,

Script, rer. Germanicarum, Hannover 1905, p. 68.


Anne-Marie Bautier . :

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