RES/CAUSA DANS LE FICHIER DU LEXIQUE LATIN MÉDIÉVAL TIRÉ DE SOURCES BRITANNIQUES
Ronald Latham
RES/CAUSA DANS LE FICHIER DU LEXIQUE LATIN MÉDIÉVAL TIRÉ DE SOURCES BRITANNIQUES
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En ce lieu et devant une telle audience il n’est pas néces-

saire de souligner le rôle dominant qu’a joué le latin médiéval

dans le développement de la culture européenne. Comme langue

universelle de l’église romaine, c’était le véhicule par lequel les

nations de l’Europe occidentale et septentrionale ont reçu non

seulement les trésors de la doctrine et la pratique chrétiennes

mais aussi l’héritage entier de la civilisation méditerranéenne.

Quand des peuples illettrés commençaient à construire une litté-

rature écrite qui leur était propre, ils traduisirent et imitèrent

largement les oeuvres d’écrivains latins. Pendant mille ans le

latin était donc un moyen d’échange, une unité monétaire dans

le commerce d’idées.

Ce terrain est si vaste et si peu exploré que je juge justi-

fiable de me borner au coin dont j’ai une certaine connaissance,

et cela en qualité de lexicographe plutôt que de philosophe ou

d’historien.

La portée des idées englobées par ces deux termes chevau-

chants, res et causa, est très large. Par l’analogie de la plupart

de mots comparables, on attendrait que les significations abstrai-

tes se soient développées de l’usage figuré de sens plus concrets.

A première vue, il semble que rien ne pourrait être plus concret

que la notion d’un objet matériel. Mais en fait le concept d’une

chose qui n’est aucune chose particulière est d’une haute abstrac-

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tion, et un mot exprimant le concept manque totalement dans

plusieurs langues (par exemple, l’hébreu de l’Ancien Testament).

La connexion probable entre res et le verbe reri est impli-

quée dans la définition ens ratum donnée par Alexander of Ha-

les 1 . Mais seulement l’héritier d’une longue tradition philoso-

phique aurait pu arriver à une notion aussi raffinée que celle

d’‘objet de pensée’. Il semble plus probable que le substantif

res était la source, plutôt qu’un dérivé, du verbe reri, et que

celui-ci portait le sens primitif de ‘nombrer’. Si l’on nombrait

les res, c’était sans doute parce qu’elles avaient une certaine va-

leur: comme les χρήματα grecs, c’étaient des choses dont on

pouvait se servir. Cette supposition est fortifiée par l’existence

dans le sanscrit du mot apparenté ras, qui signifie ‘richesse’.

Chez un peuple avec le vif instinct propriétaire des Ro-

mains, le χρημα était aussi le κτημα, la chose qu’on possède.

La res nullius était quelque chose d’anormal. Quand on avait

l’occasion de disputer la question de propriété, la res acquit fa-

cilement des sens plus abstraits — un droit, une prétension, une

cause à plaider.

N’importe si la chose était concrète ou abstraite, il y avait

une manifeste différence entre une chose qui existait, qui était

vraiment là, et une simple illusion, qui ne méritait pas le nom

de ‘chose’. Dans une phrase comme re vera, le mot res portait

déjà à peu près le sens de ‘réalité’ et formait ainsi le point de

départ de ce long train de spéculation qui engagea l’attention

de tant de penseurs médiévaux.

Mais la res pouvait aussi bien signifier res gesta, un fait

(πραγμα), même un fait sans auteur évident, un simple événe-

139

ment. Dans une expression telle que qua re ou quam ob rem,

res
signifiait déjà une chose ou un événement dont on attendait

une conséquence spécifique, un effet. Et ici res entre dans le

domaine particulier de causa.

Le mot causa , comme res, était élevé, peut-être même né,

dans la cour de justice. Si on le prend pour dérivé du verbe

cavere, avec la signification primaire d’‘action prise pour avertir

un tort’, on peut facilement comprendre comment il a fini par

englober toutes formes de procès juridiques et l’occasion ou rai-

son d’un tel procès. D’ici le développement de causa a certaine-

ment subi l’influence du mot grec αιτία.

L’usage de causa avec la signification générale d’‘affaire’

s’explique facilement. Il y a pourtant quelque chose de surpre-

nant dans son intrusion dans le domaine de res jusqu’au point

où il dénotait ‘objet matériel’. Ce développement commença

dans le latin vulgaire, probablement parce que le monosyllabe

re ou rem, qui se fondait facilement avec une voyelle suivante,

se montrait trop frêle pour porter l’accentuation souvent néces-

saire. Dans ce sens non-technique, la forme romane cosa ou chose

s’incorpora dans le parler populaire, si bien qu’on pouvait ac-

cepter la forme littéraire causa ou cause comme mot distinct

pour servir les besoins du droit et de la philosophie.

Cet usage populaire de causa dans le sens d’‘objet maté-

riel’ se trouve assez souvent dans le bas-latin de l’Europe con-

tinentale. Le Mittellateinisches Wörterbuch, par exemple, cite

d’une charte de Speier de l’an 946: « naves …cum vinifero pon-

dere vel aliqua causa onerare
», et d’une charte de St. Gallen:

«in peccuniali causa..., id est caballis» etc. Dans les chartes an-

glaises de la même époque, la signification de causa reste moins

définie, et on peut le comprendre quelquefois comme indiquant

plutôt une obligation ou un impôt (usage assez fréquent sur le

Continent aussi). Ainsi on trouve dans le Cartularium Saxonicum

(no. 387, de l’an 825): « multum dispoliatae fuerant ecclesiae

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Christi in rebus, in terris, in tributo, in omnibus causis». Dans

no. 707 (de 935) on a: «in omnibus mundialibus causis sit li-

bera ab omni regali tributo
». Dans le Domesday Book , compilé

vingt ans après la Conquête Normande, se trouve (vol. i, f. 219 b)

la phrase: « plurima quae ibi adjacebant in silva et ferrariis et

aliis causis
». Mais on n’a trouvé aucun exemple britannique de

cet usage de causa pour ‘chose’ de date plus récente.

Quant au mot res, le latin médiéval, à la différence des

langues romanes, le gardait dans toute la portée de ses usages.

On pourrait sans difficulté multiplier des exemples tirés de toutes

espèces de sources britanniques et de toutes périodes. L’emploi

du mot chez les auteurs anglosaxons est parfaitement classique,

sauf qu’il se trouve quelquefois dans un contexte spécifiquement

chrétien (par exemple, Beda, Historia Ecclesiastica iii cap. 25:

mota quaestione de Pascha vel tonsura vel aliis rebus ecclesia-

sticis
) 2 .

Mais comment exprimait-on la notion de ‘chose’ dans la

langue maternelle des Anglais? Comme toutes les langues ger-

maniques, l’anglosaxon possédait un substantif ϸing, qui déno-

tait l’assemblée tenue pour vider les querelles, d’où viennent

les dérivés ϸingian (plaider), ϸingere (plaideur) etc. Dans ce

sens, le mot se trouve dans un code de lois de la date 685-6 3 .

Mais il semble qu’il s’est bientôt transféré des assemblées ou

141

discussions aux matières qu’on y discutait. Dans ce sens il cor-

respondait dans plusieurs contextes à causa ou res, dont on le

donne comme équivalent dans certains glossaires. En traduisant

du latin, on se servait de cette équivalence dans des sens di-

vers, mais abstraits et indéfinis plutôt que concrets 4. Dès le

neuvième siècle cette extension de signification se trouve dans

toutes espèces de textes anglosaxons, y compris les codes de

lois. Mais il n’y a aucun témoignage, ni dans les textes plus

anciens ni dans les mots dérivés, que cette extension se soit

produite avant que la langue avait subi une forte influence la-

tine. Il est donc bien vraisemblable que cette influence est la

source des significations courantes du mot thing, probablement

le substantif le plus usité de l’anglais moderne. Il est à noter

que ce mot est même entré dans la formation de certains pro-

noms ( anything, nothing) et que l’on s’en sert dans des cons-

tructions comme ‘many things’ que le latin exprimerait plus

brièvement par le neutre d’un adjectif.

En allemand on trouve un développement semblable, mais

probablement plus tard, du mot Ding, qui exprime maintenant

la notion de ‘chose’ avec le synonyme approximatif Sache. Les

langues scandinaves ont gardé l’usage primitif de thing signi-

fiant ‘assemblée’ ou ‘parlement’; mais pour la notion de ‘chose’

les branches continentales se conforment aussi au modèle alle-

mand ( cf. suédois ting et sak). Seul l’islandais s’est échappé de

cette influence en adaptant pour exprimer cette notion le mot

hlutur, de la même origine que le français lot et avec le même

sens primitif de ‘sort’ ou ‘portion’. Il me semble donc probable

que le concept de la ‘chose’ était inconnu a tous les peuples du

142

Nord avant leur contact avec la culture méditerranéenne. Si j’ai

mal interprété cette évidence, j’espère que mes collègues spécia-

listes dans les études germaniques me rendront le service de

me corriger.

On peut remarquer que l’allemand Sache est aussi d’origine

juridique. Dans les chartes anglosaxones on trouve la phrase

sacu and soche (latinisée saca et soca), qui veut dire l’obligation

de recourir a une cour spécifiée, soit pour plaider soit pour par-

ticiper dans les jugements. En anglais moderne le mot ne survit

que dans des expressions comme for the sake of (latin causa).

Pour exprimer le sens causatif de causa, l’allemand a formé de

Sache le composé Ursache , tandis que l’anglais a répondu à ce

besoin en empruntant le mot latin dans la forme française litté-

raire, cause.

Il est a noter qu’en Angleterre après la Conquête on a

perdu l’usage juridique de thing et sacu en adoptant les termes

normands plaid (latin placitum, anglais plea) et siute (latin * se-

guita
, anglais suit). Ces mots témoignent de l’habitude de plaider

dans les cours anglaises en français, tout en écrivant les enre-

gistrements en latin. En anglolatin un procès de droit canon est

toujours causa, un procès de droit commun est beaucoup plus

souvent placitum ou loquela 5 .

Le développement sémantique postérieur des mots res et

causa dans le latin médiéval dériva principalement de leur utili-

sation dans les débats philosophiques du Moyen Age 6 . La signi-

fication de res était naturellement une question en discussion

143

dans les contestations entre les réalistes et les nominalistes. Le

mieux que je puisse faire ici est d’en donner deux ou trois exem-

ples illustratifs.

La Chrétienté occidentale hérita de St. Augustin la doctrine

platonique de l’existence d’‘idées’ ou ‘formes’ indépendantes de

toute base matérielle, res intelligibiles , formées dans l’esprit du

Créateur et directement appréhensibles par la raison humaine.

Cette doctrine est nettement exprimée au commencement du dou-

zième siècle par Anselm, archevêque de Cantorbéry: «Illa rerum

forma, quae in ejus [sc. Creatoris] ratione res creandas praecede-

bat, quid aliud est quam rerum quaedam in ipsa ratione locutio?

Mentis autem sive rationis locutionem intelligo, non cum voces

rerum significativae cogitantur, sed cum res ipsae vel futurae

vel jam existentes in mente conspiciuntur. » 7

Un demi-siècle plus tard cette conception simpliste de l’éga-

lité ou de la beauté comme une chose, dont on peut s’aper-

cevoir (ou que l’on peut ‘dire’) sans l’intermédiaire d’un signe

ou d’une image, avait subi les attaques d’Abélard et d’autres

esprits curieux. Le conflit de théories rivales que l’avait rem-

placée est décrit par John of Salisbury, savant et diplomate mais

à peine philosophe. Sans compter ceux qui rejètent ces res in-

sensibiles
ou universales comme simples façons de parler ( voces

144

ou sermones), John reconnaît plusieurs écoles de penseurs. Pour

certains d’entre eux, cette idée platonique est perceptible par-

tout, «singularis in singulis, sed in omnibus universalis ». Un

autre ne la trouve que dans les collections de chose particulières:

«universitatem rebus in unum collectis attribuii et eandem sin-

gulis demit ». Un troisième, dans son ignorance du latin, a re-

cours à un mot barbare: quand il entend les mots genus et spe-

cies
, il les interprète comme des ‘manières de choses’ ( rerum ma-

neries
). John confesse qu’il ne sait pas ce que veut dire ce mot

étrange. Est-ce que c’est la même chose que rerum collectio ou

plutôt l’état dans lequel la chose existe 8 ? Ai-je raison de penser

que John of Salisbury manifeste ici quelques traits typiquement

anglais: un sens d’humour assez aimable; un point de vue es-

sentiellement pragmatique; et une inabilité totale (dont je m’avoue

également coupable) de comprendre les problèmes logiques qu’on

essayait de résoudre?

Pendant deux siècles encore de controverse furieuse on

chercha une définition satisfaisante de genus et species ou de res

universalis
, en avançant des formules qui s’étendaient de l’ex-

trême de ‘réalisme’ (c’est à dire, dans la terminologie moderne,

‘idéalisme’) jusqu’au nominalisme de William of Ockham. Pour

ce dernier les res universales n’étaient que des nomina; le mot

res était applicable seulement aux particuliers dont l’intelligence

humaine s’aperçoit ou par le moyen des sens ou par l’‘intuition’ 9 .

Dans la théologie, on invoqua la définition de res pour vider

le problème de la responsabilité divine pour tout ce qu’il y a

de mal dans la création. Selon Alexander of Hales, Dieu est l’au-

145

teur du péché dans le sens que la création d’une bonne chose

implique la possibilité d’une chose contraire, qui est en effet la

négation d’une chose 10 .

Dans tous ces arguments, il y avait un consensus que res

dénotait ce qui existe en vérité, se ipso ens, contrasté avec une

fiction ou un symbole (imago, signum, vox, nomen, verbum,

sermo
). La res, c’était le réel 11 . Pour exprimer cette notion on

a créé l’adjectif realis, qui avec ses dérivés a quitté les salles de

classe philosophiques pour devenir un élément indispensable dans

le parler quotidien de l’Europe moderne.

En anglais l’adverbe really est devenu une interjection qu’on

entend presqu’aussi souvent que yes ou no. Avec l’intonation

convenable really peut exprimer toute la portée des émotions

- l'enthousiasme, la surprise, l’indignation, le mépris, l’ennui.

Mais l’histoire du mot, comme elle se révèle dans les sources

purement anglaises, est briève et peu instructive 12. Elle com-

mence au quinzième siècle (c.1430), quand l’adverbe rialliche se

dit à propos de la praesentia realis de Jesus Christ dans l’eucha-

ristie, et cela reste le seul usage du mot pendant plus de deux

siècles. En 1639 on le trouve enfin dans un contexte entière-

ment moderne: on les payera « when they shall really begin the

said work».

L’adjectif real apparaît un peu plus tard (1448) dans la

phrase juridique real action, qui dérive du droit romain et canon

146

(actio realis ou actio in rem, en opposition avec actio personalis,

in personam
). En 1559 il se dit, comme l’adverbe, en parlant

de la real presence. L’usage moderne commence avec le cri de

Hamlet quand il voit le fantôme de son père: «Is’t real that

I see?»

Mais les écrivains anglolatins connaissaient l’adverbe aussi

bien que l’adjectif dès le treizième siècle. Dans des contextes ju-

ridiques on trouve l’opposition de realis et personalis avec causa

(1204), exceptio (1232), compositio (1247), injuria (1257), pla-

citum
(c.1258) 13.

L’emploi de realis dans le sens de ‘réel’ ou ‘actuel’, qui se

trouve déjà chez un rhétoricien du quatrième siècle 14 , est fré-

quent dans la latinité des philosophes britanniques. Il se dit par

exemple de disputatio, adimpletio, differentia, scientia et locutio 15 .

147

Mais ce ne sont pas seulement les juristes et les philosophes

qui s’en servent. En 1301 un ambassadeur français dit au pape:

«vestra…potestas verbalis est, nostra realis» 16 . En 1304 le

roi Edouard I d’Angleterre cherche la récognition des Ecossais

«non quasi vocalis…et regni et regis futuri dominus », mais

« tanquam advocatum dominum et realem possessorem» 17 . En

1339 Edouard III insiste qu’en jugeant le caractère d’un homme

le critère devrait être ses ‘actions réelles’ (realis actio, non ver-

balis concepito
) 18 .

L’emploi de l’adverbe, aussi bien que de l’adjectif, englobe

les langues du droit 19 , de la philosophie 20 , et de la vie quoti-

dienne. En 1264 Henri III proteste que la défiance verbale de

ses barons insurgés avait été déjà démontrée en action (realiter

probata
) 21 . En 1308, à propos de l’autorité concédée par

Edouard II a son favori Pierre Gaveston, on grogne que deux

rois régnent dans un royaume, istum verbaliter, istum realiter 22.

148

Le substantif realitas apparaît plus tard (c.1300) et ne se

trouve pas dans nos sources hors de contextes juridiques 23 ou

philosophiques 24 . Mais il est évident que le concept de la réalité

s’est développé dans le latin médiéval de sorte qu’il influence

fortement la langue populaire; car sans doute son influence sur

l’anglais, que j’ai choisi pour exemple, a ses parallèles dans toutes

les langues de l’Europe occidentale 25.

Aussi bien que res, le mot causa a généré plusieurs déri-

vés — causalis, causatio, causativus etc. Mais ceux-ci, au moins

en anglais, ne sont guère entrés dans le vocabulaire de l’homme

de la rue. A ce que je puisse juger, les scolastiques étaient d’ac-

cord en acceptant la doctrine aristotélienne des quatre causes

- causa formalis, causa materialis, causa efficiens, causa finalis.

Et les priorités qu’on a accordées à ces quatre réfléchissent net-

tement le gouffre entre la pensée médiévale et la pensée moderne.

La nature de la cause formelle était, bien entendu, matière

de débat entre réalistes et nominalistes. Mais nul ne disputa la

149

primauté de la cause finale, le but de la création entière, conçu

dans l’esprit du Créateur, qui était lui-même la première cause,

causa causans non causata.

Depuis le temps de Descartes et Galileo, la science occi-

dentale a abandonné ce point de vue téléologique de l’univers

et s’est intéressée presque exclusivement à la cause materielle et

à la cause effective. Ai-je raison de penser qu’il y a des indica-

tions de nos jours d’une remise en ordre de ces priorités? Est-il

possible que des systèmes téléologiques, tels que celui de Teilhard

de Chardin, par exemple, deviennent plus respectables, peut-être

même qu’ils représentent la première ébauche d’un Tomisme

moderne?

1.
ALEXANDER OF HALES, Glossa in quatuor libros sententiarum

P. Lombardi
, Bibl. Francisc., Firenze (1951), i, p. 332: Res dicitur ut

se ipso ens; res enim dicitur ut ens ratum.
2.
Dans cet ouvrage (daté 731) on trouve beaucoup d’exemples

d’expressions classiques: prae inopia rerum (iv 12); re vera (i 15); nec

ab re est
(iii 3). Pour d’autres exemples approximativement contem-

porains on peut consulter l’édition des oeuvres d’Aldhelm ( Mon. Germ.

Hist.
XV, 1919) avec concordance.
3.
Cf. Lois de Hlothere et Eadric, cap. 8, F. LIEBERMANN, Gesetze

der Angelsachsen
i, p. 10: Gif man oϸerne sace tihte and he ϸane

manne mote an medle oϸϸe an ϸinge
(si un homme porte une accusa-

tion contre un autre et rencontre cet homme dans un concours ou

une assemblée).
4.
Dans la Bible, par exemple, on trouve: Luc viii 47: quam ob

causam, for hwilcum ϸinge; Matthieu
xix 3: quavis ex causa, for æne-

gum ϸinge; Gen
. xxi 26: nescivi quis fecerit hanc rem, nyste ic nan

ϸing dises;Exod
. ii 4: stante procul sorore ejus et considerante even-

tum rei, hys swustor stod feorran and beheold hu ϸæt ϸinge gewurde
.
5.
Cf. Domesday Book, i, f. 172: ut nullus vicecomes ullam ibi

habere possit querelam nec in aliquo placito nec in alia qualibet causa;

Black Book of Admiralty (Rolls Series)
, i, p. 248 : in quadam causa

Maritima sive in quodam placito debiti legem maritimam tangente.
6.
Je ne dis rien ici de la phrase res publica, qui se dit dans cer-

tains de nos auteurs dans le sens de ‘bonheur général’, mais qui ne

joue naturellement aucun rôle dans la constitution d’un royaume féodal.
7.
Monologion, cap. 10. Anselm distingue ici trois façons de «dire

les choses»: «Aut enim res loquimur signis sensibilibus, id est quae

sensibus corporels sentiri possunt, sensibiliter utendo; aut eadem signa,

quae foris sensibilia sunt, intra nos insensibiliter cogitando; aut nec

sensibiliter nec insensibiliter his signis utendo, sed res ipsas vel cor-

porum imaginatione vel rationis intellectu pro rerum ipsarum diversi-

tate intus in nostra mente dicendo». Cf. ibid., cap. 31: «Omnia

hujusmodi verba quibus res quaslibet in mente dicimus, id est cogi-

tamus, similitudines et imagines sunt rerum quarum verba sunt; et

omnis similitudo vel imago tanto magis vel minus est vera quanto magis

vel minus imitatur rem cujus est similitudo».
8.
Metalogicon, II, cap. 17: «Maneries rerum numerus aut status

dici potest in quo talis permanet res. Nec deest qui rerum status at-

tendit et eos genera dicit esse et species ».
9.
Cf. OCKHAM, Quaestiones in quatuor libros sententiarum, prol.,

qu. 1: « Notitia intuitiva rei est talis notitia virtute cujus potest sciri

utrum res sit vel non ».
10.
HALES , op. cit., II, p. 362: «Res uno modo est omne illud

quod habet esse ordinatum a Deo, et sic peccatum non est res. Alio

modo dicitur ‘res’ omne illud quod vel per se vel per suum oppositum

capi potest, et sic omnis privatio ‘res’ dicitur».
11.
Cf. e. g. ABELARD OF BATH, De eodern et diverso, cap. 12: Licet

verbis contrarii videantur, re tamen idem senserunt
; GERALD OF WA-

LES, Expugnatio Hibernica (Rolls Series), I, cap. 2 (hors de contexte

philosophique): spe quam re longe abundantius exhilaratus.
12.
Les exemples suivants sont tirés de l’Oxford English Dictionary.
13.
Chron. Evesham (Rolls Series) , p. 141: in causis ecclesie tam

realibus quam personalibus; Ratent Rolls of Henry III 1225-32 (Public

Record Office)
, p. 514: renuntiamus…omni…exceptioni personali et

reali; Charters...illustrating the history…of Salisbury (Rolls Series)
,

p. 312: ut praescripta compositio non personalis sed more reali inter

ecclesias facta esse dinoscatur; Annals of Burton (Rolls Series)
, p. 407:

pro personali injuria vel reali; HENRY BRACTON, De Legibus Angliae,

f. 16: placitum .. reale vel personale.
14.
MARIUS VICTORINUS , Rhet., I 8, p. 180.
15.
ROGER BACON, Compendium studii theologiae (Brit. Soc. Fran-

ciscan Studies)
III (1911), p. 35: in tota disputatione >reali (cf. ibid.

infra: in tota rerum disputatione
); PSEDUO -GROSSETESTE, Summa

theologica
(c1270), Beitr. sur Gesch. der Phil. des Mittelalters, ix

(1912), p . 282: horum quorundam praedictorum per eundem Christum

realis adimpletio
; JOHN DUNS SCOTUS, Ordinatio, Commissione Scotista,

IV, p. 251: differentia rationis cui correspondet differentia realis;

OCKHAM , Opera Politica, I (ed. H.S. OFFLER , 1974), p. 364: «tales

distinctiones multiplicitatum vocabulorum...ad scientias spectant ser-

mocinales, non ad scientias reales nec ad scripturas de rebus
»; JOHN

WYCLIFF, De veritate sacrae scripturae (Wyclif Soc ., 1869), III,

p. 287: Locutio facti est realtor quam verbalis.
16.
Flores Historiarum (Rolls Series), III, p. 110.
17.
Ibid., p. 316.
18.
ADAM MURIMOUTH, Continuatio Chronicarum(Rolls Series),

p. 97.
19.
H. BRACTON, De legibus Angliae , f. 16: ubi agitur realiter, non

personaliter.
20.
R. BACON, Quaestiones supra undecimum primae philosophiae

Aristotelis (Opera hactenus inedita vii)
5 : haec tria, intellectualiter

solum et non realiter distincta 
; PSEUDO -GROSSETESTE, op. cit., p. 231 :

«Aliud est aliquid realiter ex diversis compone, et aliud aliqua duo

fingi inter quae possit ab intellectu distingui», DUNS SCOTO , op. cit.

II p. 231: «Distinctio sumitur per respectum ad lineas realiter

distinctas
» ; WYCLIFFE, De eucharistia confessio (Speculum viii), p.

505 : «Ubi Christus habet esse perfectius et realius, ibi est perfectius

et realius
».
21.
De antiquis legibus liber ( Camden Soc., ser. 1, 1846), p. 65

(= Flores Historiarum II, p. 494).
22.
Annales Paulini, Chronicles of EDWARD I and II , vol. II (Rolls

Series
), p. 259
23.
Chester County Court Rolls (Chetham Soc. NS 84, 1925), p. 98

(A.D. 1288): Dicit quod actio ista realis et personalis est, et... transfer-

tur personalis in †more [mere] realem; et, desicut istam realitatem

non possunt ducere in judicium sine... parcenario suo...
[etc.].
24.
Quaestiones disputatae (Oxford Hist. Soc. 96), p. 336 (c1301):

Aut…dicit realitatem in diversitate nature a Deo vel non; DUNS SCO

TUS, Quaestiones in primum et secundum librum sententiarum, lib. 1,

dist. 2, qu. 7 (cf. CARL PRANTL, Gesch. der Logik im Abendlande , III,

p. 220, n. 149): Ideo potest concedi quod ante omnem actum > intel-

lects est realitas essentiae
; WYCLIFFE, Tractatus de Logica (Wyclif

Soc.)
, II, p. 132: Modicam vel nullam realitatem ponunt aliquae rela-

tiones praeter realitatem subjectorum
.
25.
Ce développement de realis et ses dérivés, quoi qu’il soit inspi-

ré par la notion grecque de «la chose qui est» (τό ον, latin médiéval

ens), ne doit rien directement à la philosophie grecque. Pour exprimer

cette notion, le grec moderne a dû adopter l’adjectif πραγματικός dans

un sens non-classique.


Ronald Latham . :

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